dimanche 3 mai 2009

Non au projet de l'ile en forme de cèdre au Liban

Journaliste Pauline Mouhanna pour l'HEBDO MAGAZINE

Membre de la communauté Libanaise du Sénégal, Ibrahim EL ALI a commencé ses actions en Afrique avant de se consacrer exclusivement au Moyen-Orient…. Là-bas, au côté de son frère Haidar El Ali, il s'est engagé, dans le cadre de l’association Océanium, dans la défense des dauphins et des espèces protégées, puis l’effort de reboisement.
Au Liban ensuite, où il est allé pour la première fois il y a cinq ans seulement, il a découvert une « Terre Sacrée », la capitale de la biodiversité du Moyen-Orient et s’est engagé dans la protection de son riche patrimoine écologique. Son ONG, Mawassem Khair, Moisson de la Bienfaisance, en coopération avec la FINUL, a participé au désamorçage de plus de 4000 bombes au Sud Liban, au reboisement de la région ainsi qu’à la lutte contre les incendies, et surtout aux efforts de sensibilisation et d’éducation de la population aux problèmes environnementaux.
Son grand projet actuel est de renforcer son initiative de reboisement du Liban, d’assister les municipalités en matière de traitement des déchets et des eaux usées, et de créer une agence d’information dédiée au développement durable et aux questions d’éco-santé au Liban.
Pour suivre les actions de Ibrahim El Ali, rendez-vous sur son site : http://fondation-elali.blogspot.com/

Vous présidez l’association ONG Mawassem Khair (Moisson de la Bienfaisance). Quelles sont les actions que vous avez menées et que vous menez actuellement ?
Juste après la guerre de 2006, nous nous sommes concentrés sur le déminage d’urgence, l’assistance aux municipalités concernant l’accès à l’eau potable, et avons monté avec la Finul des projets d’aide et d’installation de générateurs et câbles électriques, etc...Enfin, nous nous sommes lancés dans le reboisement dans les municipalités touchées, et également chez l’habitant.
Le taux d’urbanisme étant élevé au Liban, le reboisement chez l’habitant et sur les terrains privés donne de meilleurs résultats, c’est pourquoi nous avons mis sur pieds ce projet de replanter 40.000 oliviers. Puis, nous comptons mobiliser à nouveau la Finul et les organismes internationaux pour généraliser cet effort.

Au forum de Paris, vous avez parlé de l’importance de la sensibilisation et de la participation de la population en cas de catastrophes naturelles. D’abord, quelles sont les catastrophes naturelles qui touchent le plus le Liban ?
Ensuite, pouvez-vous nous donner des exemples précis sur les manières de faire participer la population ?

Les catastrophes qui touchent le Liban sont hélas trop nombreuses. Ce pays ne connaît pas de répit : il sort d’une guerre, avec pour une de ses conséquences une catastrophe écologique de grande ampleur, pour affronter les feux de forêts qui ont détruit plus de 20% du paysage vert , et subir maintenant plus de 1000 séismes de basse magnitude depuis le mois de février 2008.
Prenons pour exemple la secousse de magnitude 5,1 du Vendredi 15 Février 2008 à 12h36. Elle a touché le Sud Liban occasionnant des dégâts jusque Saïda. Le Centre de Recherches Géophysiques avait alerté les Autorités et la Défense Civile sur des risques de tremblement de terre plus important pouvant même produire un glissement de terrain sous-marin et un raz-de-marée sur la région de Sour.


ici un simulateur de tremblements de terre, bien utile dans nos ecoles

Que faire pour sensibiliser efficacement la population ? La réponse est toute simple : Imiter les Japonais.

C’est d’un véritable travail collectif dont nous parlons ici, l’affaire de tous – l’Etat, Alexandre Sursock du Centre de Recherches Géophysiques qui peut mettre en place un système d’alerte efficace grâce à son accès à IRIS ou Géoscope, la Défense et Société civile, les partis très organisés au Liban, les écoles, les municipalités, le pouvoir religieux qui peut relayer nos messages pendant les sermons. Cet engouement, je suis sûr, se fera au bénéfice de la Nation Libanaise qui se verra resoudée et rassemblée autour de ce thème commun.. et dans le cadre de simulations régulières puisque le temps de réaction et la coordination sont ici des facteurs vitaux.
Vous avez également abordé la nécessité de construire en respectant les normes parasismiques au Liban. Pouvez-vous nous donner des indications plus précises sur la manière dont on construit au Liban et sur ces violations ?
Après la guerre, les habitants ont reconstruit dans l’urgence et le prix des matériaux s’est envolé. Par ailleurs, aucun contrôle ne fût possible de par l’ampleur des chantiers et la nécessité de reconstruire vite pour permettre à la population de retrouver un toit.
Ce qui est important de retenir ici, c’est que nous avons le savoir faire nécessaire. C’est juste un problème de budget. Deux possibilités : soit l’Etat impose l’application des normes parasismiques sur son programme de reconstruction, soit celles-ci doivent être imposées par les donateurs internationaux. Mais si l’Italie, pays européen, n’y est pas arrivé, comment le Liban le pourrait-il ? Ne nous reste plus que l’option d’un prêt bancaire à taux zéro portant sur les 20% de budget supplémentaire nécessaire pour re-construire aux normes parasismiques !
Je ne détiens certes pas la solution, mais il ne faut pas oublier qu’en 551 après Jésus-Christ, Bérite (Beyrouth) fut noyée et mis plus de dix siècles à s’en relever.


Aussi, la loi ne fait office que de recommandation et ne représente en rien une obligation en la matière ? Travaillez-vous avec des ministères afin de sensibiliser nos institutions publiques à ce problème ?

Pour atteindre les ministères Libanais, je m’active à pratiquer du lobbying à mon modeste niveau : par le biais de mes conférences en France, ou en faisant intervenir des personnalités politiques influentes et amis du Liban. Je crois que les ministères ont besoin du relais et du support de la société civile et des associations. Nous ne devons et pouvons tout attendre de l’Etat qui n’a jamais vraiment eu le temps de se structurer. De plus, il est très difficile de faire passer des messages importants au Liban quand on n’est pas adossé à une structure politique influente. Et si, de ce point de vue là, ceci peut être pénalisant, je compte cependant garder cette liberté, ma liberté, seule condition pour pouvoir opérer efficacement sur l’environnement et sur tout le territoire.

En quoi consiste le projet de l’île en forme de Cèdre au Liban. Va-il être approuvé ? Pourquoi faut-il le rejeter ?
Le Cèdre est l’emblème du Liban, et cela aurait certainement réveillé notre fierté nationale de le voir du haut du ciel en atterrissant sur Beyrouth !
Mais restons sur terre : Un seul cèdre conservé dans nos montagnes a plus de valeur que cette île de béton.
De même, la construction sur le littoral marin requiert énormément de sable. Or ce sable joue le rôle d’un véritable filtre et évite la salinisation de nos cours d’eau, trésors de la vie pour les années à venir.
Rappelons-nous que le Liban est la capitale de la biodiversité de l’espace méditerranéen et de tout le Moyen Orient. Il abrite d’abord le corridor d’oiseaux migrateurs, venant d’Asie pour rejoindre l’Afrique, le plus important du monde.

Ensuite, nous possédons à l’intérieur de nos terres, la flore la plus variée du monde, avec plus de 2600 espèces végétales dont 100 sont endémiques.



Enfin, comme vous le savez, notre littoral marin possède des plaques rocheuses en forme de terrasses, qui représentent le plus riche des aquariums en matière de biodiversité marine et sur lesquelles il est possible de s'adossere pour construire des aires marines protégées. Ceci est d’autant plus critique que la vie a pratiquement disparu de toute la région Est de la mer Méditerranée. Son coté Libanais, pourtant, grâce à son taux d’acidité très élevé accueille encore la reproduction des tortues et des requins. Il s’agit de préserver ici nos atouts naturels pour nous reconstruire, et non pas pour y bâtir une île, aussi symbolique qu’elle puisse paraître.
Au moment où la planète entière se mobilise pour lutter contre les méfaits du réchauffement climatique et la perte de sa biodiversité, le vrai défi du Liban est de se transformer en modèle de développement durable.
Savez-vous que Bill Gates dépense une partie de sa fortune pour créer des banques de semences, quand nous les avons naturellement au Liban ? Alors, soyons Libanais : re-découvrons la richesse cachée de nos terres et réfléchissons à comment donner du travail à nos enfants en préservant notre environnement. C’est à nous d’amorcer ce processus où la communauté internationale, et notamment l’Union pour la Méditerranée nous accompagneront en nous aidant à financer ce trésor de l’humanité.

9 commentaires:

Castro a dit…

enfin ça commence à réagir! il faut continuer à se battre avant que s'enclenche ce projet, et que soit commis l'irréparable!

alex a dit…

Bonjour,
Je trouve votre blog très enrichissant, cela change de tout ce que l’on peut lire habituellement. Bonne continuation et merci.

alex a dit…

Un bien beau projet pour le Liban, j'espère que cela aboutira

alex a dit…

Salut, très intéressant votre article, je vous rejoins sur bien des points !

Anonyme a dit…

bravo et merci!

Anonyme a dit…

Merci pour l'article Ibrahim,

Le Liban m'intéresse (et m'a d'ailleurs intéressé depuis toujours), pas simplement du fait de sa position-clé dans un contexte géopolitique crisogène ou de sa géographie arabe, mais surtout en raison de son potentiel d'innovation, de son versant occidental qui en ont toujours fait une exception culturelle, un atout, une valeur ajoutée par rapport à son voisinage. Que l'on vive au Liban ou loin de ses rivages, on le porte en soi, en bandoulière, c'est un état d'esprit particulier (qui a ses travers) mais qui a permis au Liban (et aux Libanais) d'entretenir des relations privilégiées avec deux civilisations souvent en opposition sans pour autant abandonner l'une pour l'autre. Cette position, il fallait bien en payer le prix. Certains "miracles" exigent des souffrances.

C'est peut-être pour cela que le Libanais est tant envié, aussi respecté que détesté par ses voisins. Il s'ouvre sans se perdre. Ce n'est pas seulement à cause de son arrogance (bien réelle) mais parce qu'il a toujours un train d'avance malgré ses guerres et ses conflits, une faculté à transformer ce qui pourrait s'apparenter à un complexe identitaire chez d'autres, en un moteur.
Toutes ces caractéristiques peuvent faire du Liban un fer de lance en matière d'écologie et de dialogue interculturel. Bref, un acteur diplomatique de premier ordre bien que dépourvu de ressources énergétiques et de puissance militaire. Le Libanais est formidablement courageux, volontaire, humain, dès lors qu'il accepte de se remettre en question et de ne plus se regarder uniquement le nombril.
Il ne faut et ne faudra jamais dissocier le destin du Liban d'un ensemble, d'une région, arabe et méditerranéenne, car individuellement considéré, le Liban est peu de chose ou rien. Il ne pèse (sur) rien. Entouré, il survit miraculeusement car il condense et absorbe toutes les contradictions et tensions. Il est essentiel dans le rôle paradoxal qui lui est assigné par les autres, souvent à son corps défendant, et qui le maintient vivant tout en le laminant.
Avec l'UPM on peut sensiblement inverser les choses, garder le "Liban acteur" mais ajouter le "Liban initiateur de projets". Un Liban qui ne sert plus seulement d'abcès de fixation.

A plus tard..

khanssae a dit…

Chèr Ali,

Pour moi, une citoyenne du Monde mais qui a ses racines dans l'autre bout de la Méditerranée, le Liban a été et restera toujours pour moi le symbole de la renaissance arabe, traditionnelle et moderne à la fois.
J'ai appris à aimer ce petit pays (géographiquement) depuis mon enfance par ses écrivains qui ont marqué le monde arabe (gebran khalil gebran, micheal noaima,...), par ses artistes qui ont souvent essayé de passer des messages de paix, d'amour et de tolérance : Fayrouz, Marcel Khalifa, Julia botros et majeda roumi, par le courage de ses femmes et des hommes...mon amour pour ce pays avant de venir ici en France se limité à ce que les médias écrites ou visuelles me transmettaient …

On dit souvent, que c'est la personne qui fait l'espace et pas le contraire; Je peux vous dire qu'on peut même aimer un espace par des personnes sans même le voir. En arrivant ici en France en 2004, j'ai appris à aimer le LIBAN d'une autre façon, j'ai appris à l'aimer par la gentillesse, la grandeur et la FIERETE des Libanais..j'ai appris donc à aimer le Liban par son peuple sans même mettre un jour le pied dedans.
Je viens d'un pays qui n'a pas eu la même histoire que le Liban, j'ai pas vécu la guerre et j'ai jamais sus ce que c'est vivre en perpétuelle crise politique (que j'espère en tout cas soit résolu très prochainement),j'ai vécu dans un pays que son histoire politique a été toujours calme (en apparence) ...tout ça pour vous dire, que je n'ai pas appris à défendre le pays de mes racines que jusqu'à ce que j'ai rencontré des Libanais, ils m'ont donné l'envie de défendre le pays d'où je viens sans se rendre compte, tellement ils défendaient leur pays malgré leur différences, leur croyances et leur appartenances. De passage, je salue le courage et la fierté de tous les libanais du monde.
Concernant vos actions envers l'environnement et vos projets écologiques, je suis parfaitement d'accord avec vous concernant l'île du Cèdre : on veut pas d'un Liban à l'image d'un pays commercial, si le Liban perd son naturel il perd tout.
En 2006 lors de la guerre d'Israël contre le Liban, j'étais choquée par la pollution marine qui s'est produite au large de son littoral et choquée encore plus sur le silence de la communauté internationale envers ça..je pense que le Liban et tout le bassin du sud de la Méditerranée a besoin des hommes comme vous, qui croient en un monde meilleur.
Je vous souhaite un bon courage.
Je vous dédie cette chanson que j'aime tant :

http://www.youtube.com/watch?v=cmXsamhgnws&feature=related

Amicalement
khanssae

dottornaddaf's blog a dit…

Merci Ibarhim, le liban a besoin beacoup des personne come toi.

Anonyme a dit…

Bonjour Ibrahim,

Je suis tout à fait d'accord avec vous, je pense que le projet de construire une île artificielle en forme de cédre serait un véritable désastre pour notre environnement. De plus je ne crois pas que nous ayons besoin de ce genre de projet pour accentuer le symbole du cédre. vous l'avez dit, il y a déjà un endroit pour cela et une histoire trés riche qui en découle et que nous n'ignorons pas.

Je crois à mon sens qu'il y a d'autres priorités pour l'instant et qu'il faudrait les mettre en oeuvre dans l'immédiat. Il faudrait vraiment construire des stations d'épuration pour les eaux usées, mettre en place des unités de nettoyage partout et surtout sensibliser la population, changer les mentalités des gens c'est important. La survie et la qualité de vie de nos enfants en dépendront.

Bonne continuation et bravo !!!