mercredi 25 novembre 2009

Pollution des fleuves au Liban


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La pollution des fleuves du Liban

1- Parlez-nous de vous-même? Votre formation? Votre profession? Vos activités? Je suis président d’une ONG Mawassem Khair (moissons de la bienfaisance) dont la seule mission est de faire découvrir et sauvegarder ce patrimoine de la biodiversité et la richesse de notre nature.
Membre de la communauté Libanaise du Sénégal, j’ai commencé mes actions en Afrique avant de me consacrer exclusivement au Moyen-Orient…. Là-bas, au côté de mon frère Haidar El Ali, je me suis engagé, dans le cadre de l’association Océanium, dans la défense des dauphins et des espèces protégées, puis dans l’effort de reboisement.
Au Liban ensuite, où je me suis rendu la première fois il y a cinq ans seulement, accompagnant mon père suite au décès de ma mère. Le Liban a été pour moi une révélation : j’y ai découvert une « Terre Sacrée », capitale de la biodiversité du Moyen-Orient, et je me suis, depuis lors, engagé dans la protection de son riche patrimoine écologique.



Mon ONG, Mawassem Khair, Moisson de la Bienfaisance, en coopération avec la FINUL, a participé au désamorçage de plus de 4000 bombes au Liban du Sud, au reboisement de la région ainsi qu’à la lutte contre les incendies, et surtout aux efforts de sensibilisation et d’éducation de la population aux problèmes environnementaux.
Mon grand projet actuel est de renforcer mes initiatives de reboisement du Liban, d’assister les municipalités en matière de traitement des déchets et des eaux usées, et de créer une agence d’information dédiée au développement durable et aux questions d’éco-santé au Liban.

2-Que pouvez-vous dire des fleuves au Liban?

Le Liban, contrairement à ses voisins, dispose d’abondantes ressources en eau. Ses fleuves sont à l’image des nombreux paradoxes de notre pays.Que ce soit notre eau, nos montagnes, nos plantes et fleurs, notre littoral, nos oiseaux migrateurs, ou la faune sauvage
- affluence du trésor de la biodiversité du moyen orient et gâchis permanents causés par la cupidité -, l’écosystème libanais paye un lourd tribut à cause des solutions de facilité et du manque d’implication d’un gouvernement encore instable, davantage inquiet de son maintien et soucieux des questions de sécurité, que de développement durable qui est pourtant parti intégrante de la sécurité humaine.
Le Liban est composé de plus de 2000 rivières et de 40 fleuves dont 17 pérennes que sont le Nahr Litani, l’Oronte, Nahr Awali, Nahr Ibrahim, Nahr Abu Ali, ainsi que 23 saisonniers.

Les principaux polluants sont de nature agricole, avec l’azotate et le phosphore, par les engrais et les différents pesticides de nature industrielle, les lacunes en matière d’évacuation d’eaux usées et enfin de déchets physiques de toute sorte. L’eau est la plus grande richesse des décennies à venir, protégeons-la pour en tirer les fruits demain.
3- Quelles sont les activités qui polluent (les causes de la pollution) ?

Quelle question ! Tout pollue au Liban. L’agriculture, comme je le disais tantôt, avec son surdosage en pesticides n’est certainement pas le dernier des facteurs. Savez-vous qu’en France, 70 produits sont acceptés comme pesticides alors qu’au Liban, nous en avons plus de 130 homologués, sans parler des produits de contrebande ! L’activité industrielle à proximité des villes a une grande part de responsabilité, en se débarrassant de ses surplus toxiques, de peintures, d’huile de vidanges etc. Les déchets domestiques, les déchets sanitaires, les rejets des déchets d’hôpitaux, l’évacuation des égouts dans les fleuves, en zone urbaine ou dans les campagnes constituent un fléau. Les fosses septiques dans nos maisons laissent s’infiltrer les déchets et matières fécales dans les nappes souterraines. Les diverses huiles de vidange des industries ou des voitures sont hautement cancérigènes faute d’installations prévues pour leur récupération. Enfin, soulignons notre mauvaise habitude de tout déverser dans les fleuves après nos pique-niques familiaux.

4- Y a t il des fleuves plus pollués que d'autres? Les fleuves les moins (ou les non) pollués?
Oui, Nahr Ghadir qui traverse le sud de Beyrouth pourrait battre le record du monde du fleuve le plus pollué,

(regardez ces 2 photos, comment le fleuve est un paradis traversant le chouf... )(et comment il arrive dans les quartiers populaires et industriels du sud Beyrouth,pour finir dans notre mer méditerranée commune )

et le plus propre à mon sens serait le fleuve Wazani, car il y a très peu d’agriculture à proximité ; on y trouve même des poissons et une faune abondante.

Ce que l’on peut dire sur le sujet, c’est qu’il y a disparité du dosage de polluants sur les différents fleuves. Le Ministère de l’environnement a fait des études en 2006 et leur observation sur cinq captages indique que les fleuves de Damour, d’Awali, de Beyrouth et du Litani présenteraient un déficit en oxygène, entraînant un phénomène d'eutrophisation qui est principalement provoqué par une augmentation des niveaux de nitrate et de phosphate et par une influence négative sur la vie de l'eau.
En effet, en raison de l'enrichissement, les plantes aquatiques, telles que les algues se développent de façon intensive. Par conséquent, l'eau absorbe moins de lumière et certaines bactéries aérobies deviennent plus actives. Ces bactéries abaissent les niveaux d'oxygène à un tel niveau que seules les bactéries anaérobiques peuvent être actives. Ceci rend la vie dans l'eau impossible pour les poissons et les autres organismes.
Les déchets qui peuvent être décomposées par des bactéries sont gourmands en oxygène.
Cependant la demande de nitrogène est importante dans les fleuves de Damour et d’Awali.
En outre, le fleuve d’Awali sollicite du phosphore, au contraire des fleuves de Beyrouth et du Litani. Malheureusement, ce déséquilibre écosystémique des fleuves cause des épidémies.
(Regardez la richesse de la biodiversité autour de nos cours d'eau )

5- On dit que la Méditerranée est la mer la plus polluée au monde. Quelle est la part du Liban dans ce désastre écologique?

Quiconque se baigne dans la mer Méditerranée a de fortes chances de tomber sur des ordures, et plus on remonte vers le nord, plus les concentrations sont fortes à cause du courant qui ramène tout de Tyr à Tripoli.
Il y a 33 unités de résidus par mètre carré d’eau, sans oublier les dommages occasionnés par les plastiques, confondus avec les méduses dont se nourrissent nos tortues, dauphins et les oiseaux migrateurs.
L’état du fleuve Ghadir qui traverse le sud de Beyrouth, notre montagne d’ordures de Saida, et celle de Ras al Ayn au dessus de la source d’eau qui alimente toute la ville de Tyr, résument à eux trois toute la problématique de l’environnement au Liban.

(Bon appétit, ces poissons remplis de métaux lourds et toutes sortes de toxique seront dans vos assiettes bientôt. Cliquer sur la photo pour vous en rendre compte)
Tous ces déchets se jettent à volonté dans la mer. Une mer déjà largement polluée suite à la destruction des réservoirs d’hydrocarbures de la centrale de Jiyeh, vomissant plus de 15.000 tonnes de mazout sur notre littoral. Outre nos vies et nos maisons, notre nature a subi de lourds dommages et ceux-ci perdurent à nos jours.
La reconstruction après la guerre s’est caractérisée par une surconsommation en eau et surtout en sable du littoral, véritable filtre empêchant toute la salinité et la pollution marine de remonter dans nos fleuves. Les produits chimiques des bombes se retrouvent dans nos nappes phréatiques, et enfin, sont responsables en partie des feux de forêt.
La fragilité politique du Liban le transforme en dépotoir.
Le Liban est dans la confluence du trafic des tankers de pétroliers qui y déversent allègrement tout leur surplus. Chaque année, 400 000 tonnes d’hydrocarbures sont déversées de façon illicite dans la Méditerranée, jusqu'à 10 grammes d’hydrocarbures par litre.

Les sources de pollution les plus directes sont les fleuves et les systèmes qui drainent les eaux usées des zones urbaines pour les déverser en mer. Quand aurons-nous enfin nos stations d’épuration d’eaux usées ?

La mer méditerranée est la plus polluée du monde, son nettoyage doit constituer une priorité de l’Union Pour la Méditerranée (UPM).
Tout le monde a compris les interdépendances en matière d’écologie : un sac de plastique qui tombe à Saida peut se retrouver à Marseille.

6 Quelles sont les conséquences de cette pollution sur l'environnement et sur la santé du citoyen?

J’ai toujours été frappé par le taux élevé de cancer au Liban, alors que notre régime alimentaire proche du régime crétois, est le meilleur du monde. La pollution de l’eau au Liban en est certainement l’une des causes.
La pollution des fleuves est un véritable danger pour la santé, la proximité des habitations sur le fleuve traversant les villes fait que l’effusion des produits PCB ou encore polychlorobiphényles, classés comme polluants organiques persistants (POPS) et employés industriellement comme additifs dans les peintures, les encres et les huiles mécaniques, sont très peu biodégradables, et hyper cancérigènes.
Les bactéries, les virus, les protozoaires et les vers parasites qui se développent dans les égouts et les eaux usées non traitées et l’accès à une eau potable de mauvaise qualité (Pratiquement partout au Liban), entraînent toute sorte de maladies (diarrhée, dysenterie, gastroentérite, etc.). Outre le cancer, de nombreux patients sont atteints par l’hépatite A et la typhoïde. Ceci se vérifie plus au nord et au sud (régions recevant l’eau potable avec parcimonie). On boit encore dans ces régions de l’eau de pluie stockée dans des cuves en béton pendant toute l’année, sans aucune forme de traitement.

Enfin, les composés radioactifs hydrosolubles peuvent causer des cancers, des malformations chez les nouveau-nés et des modifications génétiques et sont donc des polluants de l'eau très dangereux. L’actualité nous parle de produits hautement radioactifs destinés à l’agriculture, contenant un cobalt-36 source de -60 capable de tuer une personne en quelques minutes. Ce produit devait être utilisé pour un projet de lutte contre les mouches qui détruisent les récoltes, en particulier les pommes. Je trouve vraiment cette information très inquiétante. Toutes les formes de pollution finissent dans l’eau puis affectent notre santé. Comment pouvons-nous raisonnablement penser que seuls les poissons des fleuves vont mourir et que cette pollution nous épargnera?

7- Quelle est la responsabilité du gouvernement dans cette lutte contre la pollution?

Je ne voudrais pas trop accabler de reproches le gouvernement libanais qui d’une part se débat pour survivre dans un contexte politique interne et régional compliqué, et qui d’autre part n’ose pas prendre de mesures courageuses de crainte que cela ne contrevienne aux intérêts des paysans, déjà très affectés par la crise. Une telle option lui ferait perdre encore plus de crédit auprès des populations rurales.
Les rapports du CNRS rattaché au Premier ministre sont formels et font le détail précis de toutes les formes de pollution dans notre agriculture et dans nos sources d’eau. Les mesures à prendre sont connues par nos scientifiques mais la stabilité sociale déjà ô combien fragile dans notre pays, ligote le gouvernement. Qui osera toucher aux subventions sur le tabac qu’on finit par brûler, ou imposer une agriculture biologique et travailler pour un Liban écologique ?

Quelle est la responsabilité du citoyen qui ne paie pas ses factures d’eau tout en augmentant son débit, qui déverse toutes ses poubelles dans nos fleuves ?combien de maires ont détourné des licences de forage des municipalités dans leur villa ? En matière d’environnement, la responsabilité incombe avant tout à nos curés et « sayyids », à nos municipalités, à nos instituteurs. Le travail doit être fait au niveau de la société civile pour parvenir à responsabiliser le citoyen, en menant des campagnes efficaces de sensibilisation et à condition de rétablir l’équilibre de la distribution de l’eau dans les différentes régions et d’assurer une meilleure gestion des deniers publics.
Le principal effort doit être consenti par l’Etat qui doit rester exemplaire pour que nos municipalités si pauvres en moyen financiers finissent par se mobiliser. (Il n’est pas interdit de rêver).
(c'est pour garder un Liban Paradis et fontaine du Moyen Orient qu'on se bat)

8- Parlez-nous de votre prochain (ou plutôt actuel?) Projet?

Trois projets me tiennent à cœur.
Le premier est le nettoyage du Nahr Ghadir descendant le Chouf pour traverser les quartiers populaires du sud de Beyrouth avant de se jeter dans la mer. Ce fleuve est un « poison ambulant », et concentre toutes les formes de pollutions qui existent au Liban.
On y trouve des concentrations très élevées de métaux lourds, du nitrate, des bactéries, source de maladies pour les riverains.
Pour nettoyer ce fleuve efficacement, il faut impérativement sensibiliser du même coup les paysans qui fournissent le maraîchage de Beyrouth en utilisant des pesticides et des engrais à fortes doses, les industriels du Chouf et de la région de l’aéroport, qui utilisent ce fleuve comme poubelle de leurs produits toxiques, et enfin la plus forte démographie de tout le Liban, qui vit dans ces quartiers et qui y jette soit ses détritus, soit ses eaux usées.

Mon deuxième projet est un vaste programme de reboisement.
Mon troisième est de rajouter deux réserves ou parcs nationaux dans le programme du ministère de l’environnement. L’un serait la forêt de pins de Jezinne, le second cette magnifique forêt riche en biodiversité de wadi hjer partant de Zawtar à Majdal dans la région de Nabatiyé, et développer l’écotourisme.


mardi 10 novembre 2009

Le Liban n’est pas une poubelle


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«Le Liban n’est pas une poubelle»

Qui aurait pensé qu’une courte visite au Liban effectuée par un Libanais ayant passé la majorité de sa vie en Afrique se transformerait en un ardent combat pour la protection d’un patrimoine écologique unique au Proche-Orient ?
C’est pourtant l’histoire d’Ibrahim El Ali. Cet homme s’est rendu au Liban pour la première fois il y a cinq ans. Là-bas, il y a découvert une terre riche de sa biodiversité, mais maltraitée, parfois même défigurée. La première étape de son combat a été la fondation d’une ONG, « Mawassem Khair » ou « Moissons de la bienfaisance » qui s’est assignée comme mission première la protection des forêts libanaises. La dernière action de l’ONG s’est déroulée dans la forêt de Bkassine. Albalad a eu l’occasion de rencontrer Ibrahim El Ali pour faire le point des activités de Mawassem Khair.
Par Chantal Bou Akl, journal Al Balad






Quel est votre parcours depuis l’Afrique jusqu’au Liban ?

Je suis président d’une ONG nommée « Mawassem Khair » (« Moissons de Bienfaisance ») dont la mission est de faire découvrir et de sauvegarder le riche patrimoine naturel du Liban, sa biodiversité unique au Proche-Orient.
Membre de la communauté libanaise du Sénégal, j’ai commencé mes actions en Afrique avant de me consacrer exclusivement au Proche-Orient. Au Sénégal, au côté de mon frère Haidar El Ali, je me suis engagé, dans le cadre de l’association Océanium, dans la défense des dauphins et des espèces protégées, puis dans l’effort de reboisement.
Au Liban ensuite, où je me suis rendu la première fois il y a cinq ans, pour y accompagner mon père suite au décès de ma mère. Sur place, j’ai pu découvrir avec émerveillement une « Terre Sacrée », véritable capitale de la biodiversité du Proche-Orient et ce coup de cœur m’a poussé à m’engager dans la protection de son riche patrimoine écologique. Mon ONG, Mawassem Khair, « Moissons de la Bienfaisance », en coopération avec la FINUL, a participé au désamorçage de plus de 4000 bombes au Liban-Sud, au reboisement de la région ainsi qu’à la lutte contre les incendies. Elle a surtout consacré ses efforts à la sensibilisation et à l’éducation de la population aux problèmes environnementaux car c’est une condition pour lui faire acquérir des comportements adaptés aux enjeux du développement durable.
Mon grand projet actuel est de renforcer mes initiatives de reboisement du Liban, d’assister les municipalités en matière de traitement des déchets et des eaux usées, de créer une agence d’information dédiée au développement durable et aux questions d’éco-santé au Liban.



Quelle est l’idée à l’origine de Mawassem Khair et son agenda ?


Le constat que le Liban, formidable réservoir de la biodiversité et château d’eau du Proche-Orient, possède tous les atouts pour devenir un pays avec une haute empreinte écologique. Nos forêts contiennent une riche biodiversité, surtout au niveau de la faune. Il n’est pas rare d’y croiser une hyène ou un lynx, des espèces en voie d’extinction. Mon ambition est de participer à ce grand projet que tous les amoureux de la nature et du Liban souhaitent voir se réaliser, de mobiliser toutes les organisations engagées dans ce combat et la société civile pour faire une sorte de grenelle, et proposer au futur gouvernement des projets de loi visant à préserver cette richesse, poumon de l’économie nationale.
Dans la continuité de notre opération « Le Liban n'est pas une poubelle », nous avons pour projet de nettoyer entièrement nos forêts, et de créer une sorte de police environnementale, qui exercerait un contrôle des vacanciers et de leurs véhicules pour vérifier qu’au moment du départ, ces vacanciers ne jettent leurs déchets dans la forêt.




Je propose l’idée que tout pollueur soit sanctionné par une amende qui est payée au moment où le propriétaire soumet sa voiture au contrôle de la mécanique. Les agents de la défense civile pourraient fort bien jouer ce rôle ou bien des gardes forestiers, ou même une police municipale. Il faut réfléchir aux moyens de dissuasion et aux sanctions, car ce genre d’action contraignante est à même de pousser les pollueurs à un changement radical de comportement.
Ce sera sans doute long mais pas impossible. Qui aurait pu penser il y a tout juste trois ans que les Libanais accepteraient un jour d’attacher leur ceinture de sécurité en conduisant?
Notre agenda est très fourni, mais hélas comme toutes les ONG libanaises nous connaissons le problème du financement.

Quels sont les réalisations de l’ONG, et ses objectifs

« Mawassem Khair » s'est distinguée par une participation active aux opérations de déminage au sud Liban après la guerre de 2006, puis par des actions de soutien aux populations à l’accès à l’eau potable et à l’électricité etc, toujours en collaboration étroite avec la FINUL.
« Mawassem Khair », s'est mobilisée ensuite pour reboiser et lutter contre les feux de forêts, mobiliser l’opinion internationale à travers des conférences à l’UNESCO dans le cadre du forum de Paris pour protéger cette richesse de la biodiversité que nous offre naturellement le Liban.

Ses objectifs sont les suivants : continuer a nettoyer la forêt de pins de bkassine , initier un projet de station d’épuration d’eaux usées dans la région, mobiliser tous les acteurs pour intégrer cette forêt dans le programme des parcs nationaux à protéger, et créer ensuite une agence au Liban qui serait le lien entre les pouvoirs publics, les municipalités et les différents acteurs de la société civile (ONG, écoles , etc.) afin qu'ils disposent de toutes les informations pour assister les collectivités et trouver des solutions concrètes à la gestion des déchets physiques, des eaux usées et toute forme de pollution, et enfin pour sensibiliser efficacement et durablement la population afin qu’elle ne reproduise pas les mêmes schémas nocifs et rencontre les mêmes problèmes à l’avenir. Trois pôles d’action seront conjointement menés : les opérations de nettoyage sur le terrain, la sensibilisation/prévention, et la sanction/répression en cas de récidive.


Notre objectif est de faire du Liban une référence et un précurseur en matière d’écologie. Ceci peut paraître complètement irréaliste voire démesuré, mais la crise persistante et les structures désorganisées de l’état en période de guerre, ont poussé les Libanais à montrer toute l’étendue de leur débrouillardise légendaire, et à trouver des solutions qui épousent naturellement l’écologie. Quelques exemples le prouvent : au Liban on utilise les lampes à économie d’énergie alors que l’Europe prévoit de le rendre obligatoire dans 4 ans, les maisons récupèrent l’eau de pluie , les chauffe-eau solaires sont très courants au Liban, et la récupération de l’énergie à travers des accumulateurs UPS et des batteries permettent d’électrifier les maisons en période de coupure d’électricité. Le chemin est encore bien long, et l’on se désole toujours de voir à la fois tant de richesse et tant de gâchis….


• Concernant la collecte d’ordures à Jezzine : quelle est l’idée à la base de ce projet? Parlez-nous du déroulement et des préparatifs, de la participation des habitants.

Ce projet a démarré il y a un an, après une visite de la région, avec l’objectif de promouvoir la forêt de Bkassine - la plus grande forêt de pins du Proche-Orient avec plus de 220 hectares de pins – et de l’intégrer dans un vaste programme de protection naturelle des forêts du Liban. Pour Bkassine, notre Ong espère obtenir son classement en tant que parc naturel protégé.
Zeina MAAZ (la fille de la vice-présidente de Mawassem Khair) habitant le village de Sabah, avoisinant Bkassine, et Sarah SBEIH (sa cousine) ont été choquées de voir autant de déchets de toutes sortes s’amonceler dans une si belle forêt, et on éprouvé un sentiment de révolte légitime devant cette catastrophe écologique galopante. C’est alors qu’elles ont contacté Mawassem Khair et que nous avons décidé de lancer une opération de nettoyage et de sensibilisation de grande ampleur impliquant des jeunes de la région.



Quand la télévision Française nous a contacté pour faire un reportage touristique de la région, nous leur avons souligné la nécessité de parler aussi de l’urgence des mesures à prendre pour protéger les forêts du Liban . Ainsi, d’une pierre deux coups, nous avons nettoyé la forêt, certes partiellement, nous avons reboisé et fait connaître cette belle région à de nombreux téléspectateurs francophones.
Ceci est juste un début, nous continuons à nous mobiliser pour poursuivre nos actions.






• Quelles ont été les difficultés rencontrées et les facilitations obtenues ?


Nous avons été félicités par les autorités municipales de Sabah et de Bkassine, mais notre plus grande récompense a été de constater l’enthousiasme des enfants, qui voulaient en faire toujours plus. Etant donné que la chaîne de télévision française France 3 faisait un reportage sur les activités de Mawassem Khair, nous avions des impératifs d’horaire pour le tournage, mais la joie des enfants dans le nettoyage puis dans le reboisement , et de voir qu il est possible de préserver la forêt avec des initiatives locales constitue notre plus grande récompense.
Les difficultés demeurent, mais aussi les regrets de voir que des pique-niqueurs viennent encore fumer le narguilé et que les fourneaux continuent d’être un vrai danger pour cette forêt de pins qui s’enflamme très rapidement.


La vue de ces décharges sauvages nous affecte profondément, nous environnementalistes, mais également tous les enfants qui réalisent en nettoyant minutieusement la forêt, que la beauté de ce site mérite d’être protégée.






• Parlez-nous de l’importance à long terme de la sensibilisation des familles,
notamment les enfants.


Un enfant qui a ramassé les ordures et qui a reboisé en parle généralement avec enthousiasme à sa famille et à tous ses camarades de classe. Il tire une intense fierté à voir son travail reconnu et sa photo diffusée dans la presse locale ou sur la toile. Cette satisfaction personnelle l’éloigne durablement de comportements irrespectueux de l’environnement. Ces mêmes enfants endossent un rôle de veille, ils deviennent les gardiens de leur forêt et informent leur entourage. L’objectif recherché est de préserver cet enthousiasme, d’en faire pour lui une source d’apprentissage de premier ordre à partir du moment où ses petites mains rencontrent la terre pour y planter un arbre. Chaque enfant qui participe à nos actions devient un vecteur de diffusion de notre message de sensibilisation :"Le LIBAN n est pas une poubelle ".



Le rôle des collectivités locales dans la préservation de l’environnement surtout à Jezzine : les lacunes et les solutions.


Les collectivités locales ont un très grand rôle à jouer dans la préservation de l’environnement , ceci est vrai pour le Liban , mais pour la plupart des pays développés du monde , dont la France, ce ne sont que les collectivités qui assument ces taches .
Ce qui est particulièrement intéressant dans le cas de Jezinne et sa région , c’est que la forêt de Pins de bkassine a su réunir toutes les municipalités environnantes autour de la nécessité de protéger ce patrimoine, créant ainsi une dynamique collectiviste, ce qui est, il faut le dire, assez rare au Liban, à cause des divergences politiques ou de clans. Ici, la foret permet de mettre tout le monde d accord, et c’est cela, le pouvoir mobilisateur de l’environnement. Un oiseau ne se posera jamais la question de savoir si tel arbre est musulman ou chrétien, de tel ou tel parti politique, avant de s’y poser. L’on comprend très vite le rôle tres important des ONG qui servent de catalyseurs d idées et de projets, pour assister efficacement les municipalités. En mobilisant toutes les énergies vives, nos besoins et nos ambitions communs, nous pouvons contribuer au changement des mentalités et des comportements au Liban.




Les habitants seront-ils prêts à entreprendre de telles initiatives même en l’absence de l’ONG ?

Le premier réflexe des habitants est souvent de se défausser et de faire endosser à l’Etat et aux municipalités la responsabilité de tous leurs malheurs.
Or, force est de constater que le libanais lambda ne se soucie pas beaucoup de l’espace publique et les problèmes de déchets récurrents a toutes les municipalités en sont la preuve. Il a pourtant le pouvoir (et le devoir), à son niveau, de contribuer au bien-être collectif.
Les Libanais qui vont pique-niquer par exemple, n’ignorent pas qu’il est de leur devoir de citoyens de ramener tous leurs déchets avec eux et de les mettre dans des sacs poubelles dans leurs voitures, mais par facilité et négligence, ils préfèrent les jeter au milieu de la forêt de pins sans songer aux conséquences désastreuses de tous ces déchets non biodégradables sur leur environnement qui fait justement du Liban une destination touristique très prisée.
Les habitants ne semblent pas encore prêts à prendre ces initiatives d’eux-mêmes. Les ONG misent alors sur la sensibilisation et la mobilisation de la population, surtout la jeunesse, pour réveiller les consciences et pousser à adopter des comportements civiques salutaires et respectueux du bien commun que constitue l’écosystème libanais.



Notre objectif est de poursuivre nos actions de sensibilisation auprès des enfants, des écoles, des boyscouts, des familles, via la mise en place de campagnes d’information et de sensibilisation du type " le Liban n est pas une poubelle ", puis d’engager des actions de plus grande envergure en prenant exemple sur le nettoyage intégral de la forêt de bkassine, avant de jouer pleinement notre rôle de catalyseur d idées, et d’être force de proposition auprès du ministère de l intérieur afin de réfléchir ensemble aux actions à entreprise, incluant les possibles sanctions précédemment citées contre ceux qui polluent notre environnement.
Il est important, pour accompagner nos actions de nettoyage et faire en sorte qu’elles ne soient pas vaines, de prévoir des sanctions exemplaires à l’encontre des citoyens qui persisteront à polluer. Sinon, même avec toute la meilleure volonté du monde, nos actions ne serviraient à rien.

mardi 28 juillet 2009

Ibrahim El Ali invité d'RFI du 28 JUILLET 2009




(cliquer sur le lien pour écouter)



1 - Un regard environnemental sur l'actualité
Par Arnaud Jouve, Anne-Cécile Bras
Prochainement
Invité : Ibrahim El Ali, président fondateur de la Fondation Environnement Liban et de l’ONG Liban Moissons de la bienfaisance.


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